Le pisé est une technique de construction en terre crue méconnue au Bénin, modernisée en Autriche. Cette technique peu chère et fiable permettrait de se relier à l'architecture traditionnelle du Bénin tout en convenant parfaitement au style de vie urbain de l'Afrique de l'Ouest. Passage en revue.
Le pisé, qu’est ce que c’est ?
Pourquoi construire en pisé ?
Les avantages de la terre dans la construction en pisé sont nombreux, elle est généralement disponible localement : on l’extrait souvent du terrain même où l’on construit et ainsi on économise des ressources. Elle est réutilisable à volonté, agréable à travailler, possède une action isolante, ne pollue pas, améliore l'atmosphère des locaux, régule l'humidité ambiante, offre une bonne isolation sonore ainsi que des températures de surface agréables, maintient l'humidité des locaux à un taux constant entre 45 et 55%. Les murs en pisé captent et retiennent également les poussières et du sable par exemple en période d’Harmattan, les habitations en pisé sont donc parfaites pour toutes personnes sujettes aux allergies et de problèmes respiratoires. Une paroi de 40 cm d'épaisseur offre un pouvoir d'isolation suffisant pour des habitations faibles consommatrices d'énergie, sans que les qualités d'homogénéité de la paroi soient perdues. Par comparaison, le béton ou les briques nécessitent dix à vingt fois plus d'énergie pour la fabrication, le travail et le transport. Le coût de l'entretien est également beaucoup plus élevé pour ces matériaux et il est beaucoup plus facile à mettre en œuvre pour le pisé. Naturellement teinté dans la masse, l’absence de peinture et d’enduits réduit également les dépenses cachées du béton. Autre frais caché du béton, le climatiseur, Tandis que le parpaing de ciment a une faible capacité d’isolation thermique, les murs épais du pisé permettent de s’économiser l’achat du climatiseur et donc les frais d’électricité afférents. Pour la longévité, le pisé se 'révèle même supérieur au bois de, par son faible coût en énergie primaire et sa faculté de recyclage illimitée. La technique si elle demande un savoir-faire important est relativement simple à mettre en œuvre, les outils et éléments de coffrage ainsi que les compresseurs peuvent être réalisé par le maçon lui-même sans grand frais, frais qui sont de toute façon amortis à la construction suivante puisque ces outils sont réutilisables.
Ces qualités contrastent avec les crises provoquées par la superposition de technologies coûteuses, productrices de constructions lourdes à réparer, non recyclables, telles que le monde développé en a exporté au Bénin et sur le reste du continent.
Le mur, en s'élevant par couches successives, génère en même temps son aspect décoratif. La pureté structurelle, la teinte et les qualités tactiles sont déjà présentes, avec une saisissante intensité, à l'état brut, avant le modelage et la compression. A partir d'une apparence fruste se développe un raffinement sobre qui s'adresse à tous les sens. Il est préférable de renoncer à corriger certaines imperfections techniques dans l'utilisation classique du pisé par l'adjonction de ciment parce que ce dernier détruit les qualités fondamentales du matériau, son caractère entièrement recyclable, ses bonnes capacités « respiratoires », etc.
Y’a-t-il encore une limite au pisé ?
Les constructions en terre sont réputées à juste titre pour de nombreuses qualités (coût, disponibilité universelle du matériau, bonnes performances thermiques, etc.), mais sont affectées par un inconvénient majeur : elles sont très sensibles à l’érosion, au ruissellement des eaux et à la montée capillaire de l’humidité. Toutes les formations à la construction en terre recommandent en premier lieu de les protéger par de « bonnes bottes et un bon chapeau ». La mise en œuvre de ces consignes limite donc de manière radicale les possibilités d’expression architecturale, et ont freiné l’essor de la terre.
Néanmoins ces dernières années la technique a été améliorée, celle appliquée pour Carré Hinnoudo a été développée par l'Autrichien Martin Rauch, ce sont deux de ses anciens assistants Laura Marcheggiano et Dominik Abbrederis qui dirigent l'atelier à Porto-Novo.
Deux décennies de recherche fondamentale et pratique ont permis à Martin Rauch d'actualiser des techniques de construction en terre glaise transmises oralement sur un large éventail, jusqu'à des projets monumentaux et d'une haute complexité technique, et ont fait de lui un expert renommé dans sa profession, recherché sur le plan international, ainsi que le partenaire d'architectes et d'artistes célèbres.
Il a notamment recherché de plus opportuns mélanges de matériaux naturels, introduisant par exemple beaucoup de gravillons dans son mélange, il travaille à l'optimisation des techniques de compression, des moules de coffrage ; en ajoutant des couches de métal pour armer son matériau, il développe les anciennes techniques sans renoncer à la texture structurelle du pisé. Des machines outils, des échafaudages, de nouveaux modes de fonctionnement sont en outre développés. Des murs sont érigés pour être mis à l'épreuve, et l'expérience accrue des exécutants va très vite alimenter les prochaines séries d'essais.
Il a notamment recherché de plus opportuns mélanges de matériaux naturels, introduisant par exemple beaucoup de gravillons dans son mélange, il travaille à l'optimisation des techniques de compression, des moules de coffrage ; en ajoutant des couches de métal pour armer son matériau, il développe les anciennes techniques sans renoncer à la texture structurelle du pisé. Des machines outils, des échafaudages, de nouveaux modes de fonctionnement sont en outre développés. Des murs sont érigés pour être mis à l'épreuve, et l'expérience accrue des exécutants va très vite alimenter les prochaines séries d'essais.
Concernant l’érosion, les recherches de Martin Rauch et de son équipe se fondent sur une approche différente. L’objectif n’est pas d’empêcher l’érosion par un moyen extérieur au mur de terre banchée, mais d’examiner dans quelles conditions ce mur peut s’en protéger par ses propres propriétés, par les matériaux dont il est fait. Au décoffrage, un mur en terre banchée (pisé) présente une surface d’argile et de pierres. Les premières pluies vont entraîner avec elles les particules les plus fines et une certaine quantité de petites pierres de la surface. Elles dégageront ainsi un « second front », une nouvelle surface constituée de pierres imbriquées et stabilisées entre elles, qui, à leur échelle, sont agencées à la manière d’un mur de pierres. Pour fonctionner, la granulométrie se doit d’être précisément contrôlée, de sorte que le mur possède un squelette granulaire aussi compact que possible. Cette nouvelle surface aura un comportement stable et durable pour autant que la vitesse d’écoulement de l’eau de pluie ne soit pas trop élevée. Celle-ci est réglée par les assises disposées régulièrement (en saillies de terre cuite dans la maison Rauch, en mortier au ciment dans d’autres murs). Les argiles prises entre ces pierres, ou en retrait de celles-ci, jouent un rôle décisif dans la mécanique du mur stabilisé après la première érosion. En présence d’humidité, elles absorbent l’eau et assurent l’étanchéité entre les pierres ; en séchant ensuite, elles permettent à l’humidité du mur de s’évaporer.
Plus besoin de reconstruire sa maison après chaque saison des pluies!
Le pisé est durable d'accord, mais est-il solide ?
Comme tout mélange de liants et d'agrégats, la terre est un béton. Le liant assure la liaison entre les agrégats. Une certaine proportion de liant doit tout de même être respectée. Pour le pisé, on peut donner comme ordre de grandeur que, en dessous de 5 % de liant, il y a risque d'effritement, mais que si la proportion dépasse les 15 %, des fissures apparaitront. L’épaisseur des murs supérieures à celle d’un mur en béton permettra de compenser les performances très légèrement inférieures à celle de son concurrent industriel.
Si autrefois les techniques de pisé traditionnelles et locales étaient plus fragiles on atteint aujourd’hui des valeurs tout à fait comparables à celles du béton.
Aujourd’hui on peut construire des maisons à étages sans placer de poteaux en béton, économisant ainsi un poutrage et ferraillage importants et couteux. Martin Rauch envisage de construire ainsi des maisons de 10 étages entièrement porteur. sans poteaux-poutres. Mais est ce surprenant? Les immeubles à étages de la ville de Sana’a au Yemen, patrimoine de l’UNESCO dont certains sont vieux de plusieurs siècles, sont également réalisés en pisé.
On remarque que si la conductivité thermique du pisé n’est pas très bonne pas rapport aux isolants type laine de roche, la capacité thermique volumique (ou chaleur volumique) du pisé est par contre intéressante, de l'ordre de 500Wh/m3°C2. Les murs vont alors servir à stocker de l'énergie pendant les journées ensoleillées, et la restituer la nuit, au moment le plus froid de la journée.
En un mot, le pisé peut être porteur sans utiliser de poteaux-poutres en béton et il est plus intéressant en terme d'isolation que le ciment.
Et les termites ?
Il est vrai que les termites sont particulièrement en Afrique, l’ennemi des maisons en terre crue, particulièrement en milieu rural puisque celle-ci a tendance à disparaître des villes. Outre le fait que les termites ont besoin d’un accès direct à la terre pour construire leur nid et que cela est rendu difficile par la présence de soubassement protégeant le mur en pisé d’une éventuelle invasion, il faut savoir que la terre utilisée dans le pisé moderne est excavée à une profondeur de 2m, là ou celle-ci est exempte d’éléments organiques. Cette différence fondamentale face à la construction traditionnelle rend le pisé peu sujet à des attaques de ces insectes.
Il n’y a donc aucun défaut pour le pisé ?
Le seul inconvénient la méthode de Martin Rauch au Bénin est la grande proportion d’agrégat. Ce peut être des cailloux ou des gravillons mais ceux-ci ne sont pas ronds, tels que ceux utilisés pour le béton, ils doivent présenter des arêtes irrégulières et des facettes afin de pouvoir augmenter la cohésion de la structure. Or beaucoup des terrains au Bénin sont exempts d’agrégats, il faudra donc privilégier ce type de construction dans les zones des Collines, riche en granit ou de Sakete par exemple, plus proches des villes côtières, et disposant de basalte en quantité. L’importation sur une trop longue distance handicapera la compétitivité du pisé. Cet inconvénient pourra être surmonté avec le développement d’une économie de la pierre cassée telle que celle-ci a été développé dans le Mono pour le gravillon de rivière.
Il faut aussi prendre en considération que le temps de séchage du pisé relativement long étendra la durée du chantier et par conséquent augmentera la durée d'intervention du maçon. Mais actuellement le rapport entre prix du matériau/prix du personnel est environ de 75/25 au Bénin, le pisé rééquilibre les choses en faveur de l'entreprise de construction. Malgré cela, le pisé reste bien moins cher que le béton.
L'inconvénient majeur ne réside pas dans le prix mais dans l'offre sur le marché: il manque au Bénin d'ouvriers formés de manière adéquate et d'entrepreneurs pour exécuter les travaux, et également d'une offre éducative compétente dans les écoles d'architecture et de génie civile, dans les instituts professionnels et dans les facultés d'architecture. Aujourd'hui seule l'Ecole du Patrimoine Africain promeut l'architecture en terre sans adjonction de ciment au Bénin mais le fait dans le cadre de restauration. Quant à CRAterre, le centre international de la construction en terre, s'il agit effectivement au Bénin et sensibilise de jeunes maçons à ce matériau, il n'assure que des formations de trop courtes durées pour valider les connaissances acquises, les rendant inutilisables dans le secteur privé.
Enfin il manque d’un exemple convaincant de construction de qualité en milieu urbain.
Par sa formation longue destinée à des professionnels de la construction ainsi que par la dimension moderne et séduisante de la réalisation, le projet Carré Hinnoudo entend répondre à ces obstacles et ainsi redonner ces lettres de noblesse à l’architecture en terre après la glorieuse époque des palais d’Abomey!
L'inconvénient majeur ne réside pas dans le prix mais dans l'offre sur le marché: il manque au Bénin d'ouvriers formés de manière adéquate et d'entrepreneurs pour exécuter les travaux, et également d'une offre éducative compétente dans les écoles d'architecture et de génie civile, dans les instituts professionnels et dans les facultés d'architecture. Aujourd'hui seule l'Ecole du Patrimoine Africain promeut l'architecture en terre sans adjonction de ciment au Bénin mais le fait dans le cadre de restauration. Quant à CRAterre, le centre international de la construction en terre, s'il agit effectivement au Bénin et sensibilise de jeunes maçons à ce matériau, il n'assure que des formations de trop courtes durées pour valider les connaissances acquises, les rendant inutilisables dans le secteur privé.
Enfin il manque d’un exemple convaincant de construction de qualité en milieu urbain.
Par sa formation longue destinée à des professionnels de la construction ainsi que par la dimension moderne et séduisante de la réalisation, le projet Carré Hinnoudo entend répondre à ces obstacles et ainsi redonner ces lettres de noblesse à l’architecture en terre après la glorieuse époque des palais d’Abomey!
En résumé : grâce à la modernisation des techniques de construction et à la meilleure connaissance du matériau, on peut bénéficier des avantages de l’architecture en terre sans souffrir des anciens inconvénients : le matériau ne nécessite plus de rénovations périodiques provoquées par les pluies, il est porteur, il est moins couteux à l’achat que son concurrent direct le ciment car disponible sur son terrain même ou à proximité, il fait également baisser les frais courants de la maison, le pisé est écologiquement durable tout en offrant une qualité de vie incomparable et propose un choix affirmé d’une architecture africaine assumée, résolument tournée vers son futur urbain.






Toute mes félicitations au carré hinnoudo .je suis vraiment content de cette production sur le pise. Je suis ALLOGNI Gaël étudiants en troisième année d'architecture et Urbanisme au Bénin. Je compte vraiment faire la promotion du Pise vu tout ce qu'il présente comme avantages. Je désire aussi avoir une relation avec carre hinnoudo .Je pense qu'on fera bon chemin.
RépondreSupprimerBonjour Gaël... avec presque un an de retard! Parlons-en! Tu trouveras mes contacts sur la page "qui sommes nous?"
SupprimerBonjour, félicitations pour ce rapport, il m'a été d'un grand intérêt. Je suis KABORE Esther ingénieur génie civil à Ouagadougou. Nous avons un projet pour une construction en pisé. Nous souhaitons entrer en contact avec des spécialistes en la matière pour la réalisation du projet. Merci de me recontacter estellinia18@gmail.com
RépondreSupprimerMerci, je vous réponds par mail
SupprimerBravo !
RépondreSupprimerMerci!
Supprimermes félicitations ! c'est une belle alternative au ciment
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